I’m just going outside and may be some time

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Aujourd’hui, cette expression est à prononcer en plaisantant. I’m just going outside and may be some time.
Elle reste ensuite. Elle reste en suspens. I’m just going outside and may be some time.
Je sors, et peut-être qui sait, peut-être que dans quelque temps.
Cela peut prendre un certain temps. Mais peut-être que dans quelque temps, je reviendrai.
I’m just going outside and may be some time.
Froide injonction, paradoxale sans doute.
Laissée aux autres.

Elle est née d’une situation dramatique, une situation d’une grande intensité historique.
Elle a été prononcée pour la première fois lors d’un événement majeur de l’histoire de la conquête des pôles.
La conquête du Pôle Sud par Robert Falcon Scott.
Il y était arrivé. Tant bien que mal. Dans des souffrances atroces.
Il y était arrivé avec quatre équipiers : Henry Bowers, Edward Wilson, Edgar Evans et Lawrence Oates.
Mais avec un retard.
Un retard considérable.
Un retard de cinq semaines sur Roald Amundsen.

Le 16 mars 1912
Il reste 650 kilomètres à parcourir pour revenir du Pôle Sud.
Lawrence Oates, meurtri par d’anciennes blessures, par la déception, par la pesanteur de la situation, Lawrence Oates n’en peut plus.
Robert Falcon Scott, Henry Bowers, Edward Wilson et Lawrence Oates s’enferment dans la tente, ils se serrent pour préserver un peu de chaleur ; dehors, la tempête bat son plein. Edgar Evans est tombé dans une crevasse quelque temps auparavant. Il n’en est pas ressorti.
Dehors, la tempête bat son plein. Il est question de vents à 150 kilomètres/heure, de températures qui dépassent les moins 40 °C.
Lawrence Oates ne pourra pas repartir. Il n’aura pas la force. Il le sait.
Il sort. Il sort pour ne plus gêner les autres.
I’m just going outside and may be some time.

Le 29 mars 1912.
Cela fait neuf jours que Robert Falcon Scott, Henry Bowers et Edward Wilson, ne peuvent plus sortir de leur tente. Ils meurent.
Ils meurent à 18 kilomètres du dépôt de vivres.

Jeanne Lacland, publié le 13 janvier 2010, pour la revue en ligne du Théâtre du Rond-Point, Ventscontraires.net

 

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