Archives pour la catégorie Musique concrète

La réponse de l’orque

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Lene et la mer gelée


Fin septembre 2012 – septembre 2013
Orques, interview de Lene Kielsen Holm, sons hydrophoniques d’une attaque de glace dans la baie de Sermermiut, côte ouest Groenland, autres objets musicaux.

Lene Kielsen Holm est anthropologue inuite, elle recueille les mots des chasseurs et des pêcheurs qui disparaissent avec leur usage à mesure que la glace fond. Elle connaît plus de soixante-dix manières de dire glace de mer.

La baie de Sermermiut est située sur la cote ouest du Groenland au bord de l’Icefjord d’Illulissat. Fin septembre début octobre, le temps est incertain et la nuit revient. Une tempête provoque l’agglomérat des growlers, des morceaux glaces alors éparses. Au petit matin, je suis cachée dans la baie alors que les growlers attaquent la baie de Sermermiut. Dans cette baie, les civilisations Dorset, Saqqaq et Thulé ont laissé des traces. Mais la loi inuite est formelle : les archéologues n’ont pas le droit de déplacer les vestiges et les tombes, même si l’érosion les emmène vers le large. Lorsque la baie a été complètement envahit par l’attaque de glace, j’ai plongé un hydrophone dans la glace.

Là, j’ai enregistré les cris aigus de la glace de mer, à moins que ce ne soit la fureur de Sassuma Arnaa (ou Sedna selon son usage de l’Inuit). La mère des océans, celle qui retient les espèces quand les Hommes dérégulent les flux.

Cette pièce a été spatialisée sur l’acousmonium du studio électroacoustique de Pantin, de l’Audible Festival 2013 (Instants chavirés, Echangeur de Bagnolet), de Plage(s) Sonore(s) (Atelier(s), Evreux). Elle a été diffusée lors du festival Sonor de Nantes 2014, sur radio Moniek du festival Monophonic de Bruxelles 2014. Elle a fait partie de la sélection officielle du festival In The Dark de Sheffield, juin 2014.

La traversée des frissons

Enquête sonore pour le Festival Sonor – Nantes – Avril 2014

« L’éducation des frissons est mal faite dans ce pays. Nous ignorons les vraies règles. Quand l’événement apparaît, nous sommes pris au dépourvu » (Henri Michaux).

Alors que le froid est une sensation en voie de disparition, retour sur trois années de recherches sonores dans les mondes glacials. Où il sera possible d’entendre des glaglas, des baleines boréales, des paysages sonores du Groenland, des chasseurs inuits, des témoignages lointains… Un voyage poétique entre l’expérience radiophonique et électroacoustique.

Performance radiophonique

Le retour de Pénélope


Juin 2012

Pénélope a fait un beau et long voyage.
A Ulysse, elle avait dit : “Printemps, tu verras, je serais de retour.”
Elle hésite à rentrer. Elle n’a pas les mots pour raconter.

Cette pièce a été diffusée dans les ateliers de création radiophoniques de Radio France. Elle a été jouée sur acousmonium à Pantin, lors des journées nationales de l’électroacoustique 2012 à Amiens et à l’audible festival 2012 (Instants Chavirés, Echangeur de Bagnolet).

Epilogue glaciaire (impro concrète)

De 8 à 20 minutes selon la vitesse à laquelle la glace fond.
“L’accélération provoque des pathologies et à l’extrême la pétrification”. Harmunt Rosa
Improvisation concrète, sons hydrophoniques de glace, vase en verre, prises de son de la côté ouest du Groenland – Avril 2013

Traduction concrète d’une expérience scientifique déterminante dans l’histoire du XXe siècle. « Je tente de parler au présent. Je n’aime pas les quantités, j’aime la poésie des scientifiques. Un jour ou une nuit qu’il hivernait en Antarctique, Claude Lorius, membre des expéditions polaires françaises met un glaçon dans son whisky. Il découvre que des bulles d’air s’en échappent. Il découvre ainsi qu’il peut analyser la qualité de l’air sur des temps très importants. Les scientifiques peuvent maintenant prélever des fjords gelés et de la calotte glaciaire, de la glace vielle de 420 000 ans. Claude Lorius, avec son petit glaçon dans son whisky, a permis d’étudier l’évolution des gaz à effets de serre.

À Sermermiut, au Groenland, j’ai plongé un hydrophone dans la mer gelée.

À Sermermiut, Jérémias Jensen, un chasseur de mammifères marins m’a emmené dans le fjord, entre les icebergs. Il a péché un petit bout de glace, là plongé dans une bassine en fer remplie d’eau. Une bassine en équilibre sur le pont de son bateau. Il me dit : « met ton micro là-dedans et écoute les bulles d’air qui se dégage de la glace ». Je ne sais pas qui de Claude Lorius ou de Jérémias Jensen est le plus à même de ressentir ce que nous vivons aujourd’hui. »

Présentée au 102 à Grenoble, au Festival Sonor de Nantes, au Festival Hear Say en Irlande, Festival Longueur d’Ondes à Brest, à la Gaité Lyrique, diffusée sur Radio Campus Paris, présente sur la compilation Fair-Play One

Sassuma Arnaa


Voix : Erna Lynge – Basson : Brice Martin
Septembre 2012 et février 2013

Sassuma Arnaa est la mère des océans. Elle protège les espèces marines. Quand les Hommes dérégulent les flux, ses cheveux se salissent et elles retient toutes les espèces marines. Les hommes ne peuvent plus chasser, plus manger. Il faut l’intervention d’un chamane, qui peut être un homme, qui peut être une femme. Il ou elle entre dans l’océan, lave les cheveux de Sassuma, parle aux Hommes et les flux peuvent entrer dans l’ordre.
J’accepte bien rapidement qu’il est impossible, en dehors d’une poésie quelque peu exotique, de comprendre une telle légende. Pour le moment, il ne s’agit que de l’écouter, de s’en imprégner et peut-être de l’imiter.