Archives pour la catégorie Le Passage du Nord Ouest

Le froid t’aime

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Le froid est en décalage horaire.
Le froid résiste à tout plan gouvernemental.
Le froid et les ours dominent le monde et en plus, ils sont féministes.
Le froid cherche un contradicteur.
Le froid remplace les muscles.
Le froid et toi.

Le froid n’est pas culturel, il n’est pas nostalgique non plus.
Le froid est bi-exotique.
Le froid est post-écologique.
Le froid a un plan secret.
Son plan secret te concerne mais tu ne lui diras pas.

Pour comprendre le froid, il faut te débarrasser de ton parka, de ton igloo et de ton kayak.
Le froid te prend, quand il veut, où il veut, avec toute la force de son désir pour toi.
En cela, le froid est un imposteur, il provoque même un sentiment intense de liberté.
Pour comprendre le froid, il faut écouter la résistance de Camilleri, berger maltais, englué dans une vision stéréotypée du froid, et maintenir fermement le processus.

Le froid et l’harmattan se rencontrent rarement, mais quand ils le croisent, c’est la guerre.
Le froid précède l’arrivée des Vikings au Groenland et même celle de Pythéas en Islande.
Le froid a peu d’amis. Ils lui sont très intimes.
Le froid et la rareté sont liés pour l’éternité.

Le froid t’aime.
Crois-le quand le froid te le dit qu’il t’aime, il est sincère.
Le froid se rit de tout, surtout de lui-même.

Jeanne Lacland, publié le 19 juillet 2012, pour la revue en ligne du Théâtre du Rond-Point, Ventscontraires.net

 

La femme la plus profonde du monde

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Brigitte Lenoir, la femme la plus profonde du monde est froide.
Brigitte Lenoir s’entraîne.
À la profondeur, au froid, aux mélanges de nitrox, de trimix et d’héliox, des mélanges réservés aux nageurs de combat.
Elle plonge. Elle plonge des années durant. Des années de profondeur et de froid, des années à -110 mètres, à -120 mètres dans l’eau à quatre degrés du lac Léman.
Le 10 avril 2010, elle bat un premier record : -154 mètres à Saint-Gingolph, en eau froide et douce. Dix jours plus tard, le 20 avril 2010, le record est pulvérisé par Sofia Ponce, au Venezuela : -190 mètres en autonomie complète, en eau chaude et salée, grâce aux mélanges minutieux de trimix 7/67, de trimix 10/50, de nitrox 32, de nitrox 50 et de nitrox 80.
Alors Brigitte Lenoir s’entraîne, se prépare, se concentre.
Ce sera au large de Dahab, en Égypte.
Le 15 mai 2010, Elle atteint -200 mètres et remonte. Pallier, par pallier. Elle a dépassé Sofia Ponce de dix mètres, elle est tranquille, elle peut remonter calmement. Elle détient le record de profondeur féminine en eau salée.
Mais chaude.
À -147 mètres, son recycleur reste bloqué en position oxygène, un gaz bien trop simple pour des poumons mortels. Hyperoxie, perte de connaissance et convulsions. Personne ne pourra rien faire. Son corps restera dans la noirceur de la mer rouge.
Depuis le 15 mai 2010, Brigitte Lenoir, la femme la plus profonde du monde, est froide.

Jeanne Lacland, publié le 04 juillet 2010, pour la revue en ligne du Théâtre du Rond-Point, Ventscontraires.net

 

L’empire du froid

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Moscou, juin 2010
Artour Tchilingarov est dans son bureau de la Douma. Il n’arrive plus à suivre l’activité parlementaire russe. Le Kirghizistan est à feu et à sang, la corruption du Kremlin est surmédiatisée, un juge vient encore d’être assassiné, les néonazis tiennent les rues de Moscou, la Slovénie a éliminé la Russie des sélections pour la coupe du monde, Dimitri Medv… Dimitri emmerde Artour. Il lui demande encore des nouvelles de l’ONU au sujet des sous-sols arctiques : l’extension du monde russe doit se passer sous la calotte glaciaire. L’idée d’Artour peut tout régler : la reconnaissance internationale de son statut d’explorateur polaire, l’accès russe à une réserve de pétrole équivalente à celle du Golfe persique et la domination énergétique de la Russie sur le monde.
Artour Tchilingarov est dans son bureau de la Douma. Il apprend que Vladimir Poutine inaugure une expo au Grand Palais à Paris. Artour en a un peu marre. Il étend ses jambes, croise ses bras derrière la tête et repense au 2 août 2007. C’est lui qui était à la tête de l’expédition arctique 2007 et des deux bathyscaphes, Mir-1 et Mir-2. Il était là, tout au fond, quand Mir-2 a planté un drapeau russe en titane, à 4302m de profondeur, à la verticale du Pole Nord. Plus il y repense, plus il trouve que c’était l’idée du siècle.
Artour Tchilingarov est dans son bureau de la Douma. Il apprend qu’Elena Dementieva ne participera pas à Wimbledon. C’est fois-ci, il abandonne. Il est fatigué de la lenteur de l’ONU à accorder à la Russie la souveraineté de cette zone nordique. Il va autoriser les pétroliers à traverser l’Arctique. Ça va contrarier l’ONU et en plus, ça calmera Dimitri.
Ce qui l’embête, c’est son statut d’explorateur polaire international. Il a pourtant fait comme les autres, il a mis un message d’espoir sous le drapeau : c’est une petite plongée pour l’Homme …

Jeanne Lacland, publié le 23 juin 2010, pour la revue en ligne du Théâtre du Rond-Point, Ventscontraires.net

 

Face nord

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Le 30 mars 1993, la brigade d’intervention théâtrale de Dijon, se rassemble devant l’ours polaire, sculpté par Pompon, gisant dans le square Darcy. Après un long moment de concentration et de recueillement, la brigade d’intervention marche en rangs serrés vers l’hypermarché le plus proche. Elle est surentraînée et parfaitement équipée.
À 10h15 précise, la première cordée part pour l’ascension du bac surgelé par la face nord. À 10h24, tous les membres de la brigade sont interpellés.
Personne n’avait jamais tenté une telle ascension. À ce jour, personne n’a pu réussir un tel exploit.

Jeanne Lacland, publié le 08 juin 2010, pour la revue en ligne du Théâtre du Rond-Point, Ventscontraires.net

 

Jeanne Lacland

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Je suis née sur un continent.Pour commencer, je pars. En mer. Je pars en voilier. Loin.
Je traverse une fois, deux fois.
D’autres fois.
Et je repars.
Je suis femme de pirate, de pirate du Nord.
D’autres fois, je ne suis pas femme de pirate. Je tente de prendre terre.
Et je repars, en mer, en voilier, loin.
Un jour, je touche l’extrême nord du Pacifique, jusqu’à la barrière de l’archipel des Îles aléoutiennes.
Et je passe de l’autre coté, au-delà du Pacifique, tout en haut.
À travers l’océan glacial arctique. Là où naissent les vents.
Là où la glace.Et je reviens. Congelée, surgelée, frigorifiée.

Jeanne Lacland, publié le 8 juin 2010 pour la revue en ligne du Théâtre du Rond-Point, ventscontraires.net.

La relation du voyage à la voile

Pour lire la relation, il faut entrer dans le monde de Jeanne Lacland, un pseudo emprunté  à Jack London. Le passage du nord-ouest est devenu une pièce radiophonique diffusée par France Culture (ACR), la RTFB (par Ouie Dire) et par la KNR (la radio groenlandaise).  Bourse du côté des ondes. Il est aussi une performance radiophonique avec le bassoniste, Brice Martin , le plasticien Yoyo Gontier et l’ingénieure du son Camille Frachet.

Certains baleiniers en ont déduit que le Passage du Nord-Ouest, qui a posé si longuement un problème à l’homme, n’en fut jamais un pour la baleine. Herman Melville, Moby Dick.

Il était temps de s’engager comme équipière à bord du Baloum Gwen, un voilier en acier, mouillé dans l’archipel des îles aléoutiennes tout prêt la Russie. Il était question d’emprunter une route maritime ni ouverte, ni fermée, parfois sans carte, parfois sans fond : le Passage du Nord-Ouest. C’était le moment de naviguer sur les glaces flottantes, de partir sur les plaines abyssales, de découvrir le monde hyperboréen, de se mêler aux peuples du grand nord, de retrouver la violence de l’océan. La traversée du pôle nord magnétique à la voile, d’Alaska au Groenland, va durer quatre mois. J’ai volé des connexions lors des escales et j’ai publié dans un blog les textes écrits en mer sur des carnets.

Le Passage du Nord-Ouest est une route maritime qui relie le Pacifique et l’Atlantique en passant par le nord du Canada et de l’Alaska. Pendant des siècles, espérant rejoindre la Chine à moindres miles, de nombreuses expéditions se sont heurtées aux glaces au prix de pertes humaines considérables et de naufrages historiques. Le Passage n’est praticable que quelques semaines par an ; le reste de l’année, il est entièrement gelé. Roald Amundsen a été le premier marin à forcer ce long dédale d’îles, de détroits, de mers. Parti de Norvège en 1903, il a mis trois ans pour joindre San Francisco par le Pôle nord magnétique. Depuis, une vingtaine de bateaux ont réussi à traverser l’Océan glacial arctique. Et très peu de femmes.

 

La traversée des frissons

La traversée des frissons est une fausse conférence performée pour  Festival Sonor de Nantes 2014. Sous la forme d’une enquête sonore, elle est devenue la face B du Passage du Nord-Ouest.

« L’éducation des frissons est mal faite dans ce pays. Nous ignorons les vraies règles. Quand l’événement apparaît, nous sommes pris au dépourvu » (Henri Michaux).

Alors que le froid est une sensation en voie de disparition, retour sur trois années de recherches sonores dans les mondes glacials. Où il est possible d’entendre des glaglas, des baleines boréales, des paysages sonores du Groenland, des chasseurs inuits, des témoignages lointains… Un voyage poétique entre l’expérience radiophonique et électroacoustique.

La traversée des frissons s’écoute ici : Performance radiophonique

Le passage du Nord-Ouest

Traversée à la voile de l’océan glacial arctique par le pôle nord magnétique.

Le Passage du Nord-Ouest est une route maritime qui relie le Pacifique et l’Atlantique en passant par le nord du Canada et de l’Alaska.
Pendant des siècles, espérant rejoindre la Chine à moindres miles, de nombreuses expéditions se sont heurtées aux glaces au prix de pertes humaines considérables et de naufrages historiques. Le Passage n’est praticable que quelques semaines par an ; le reste de l’année, il est entièrement gelé. Roald Amundsen a été le premier marin à forcer ce long dédale d’îles, de détroits, de mers. Parti de Norvège en 1903, il a mis trois ans pour joindre San Francisco par le Pôle nord magnétique.

Au printemps 2009, une vingtaine de bateaux avaient réussi à traverser l’Océan glacial arctique. Pour moi, il était temps de s’engager comme équipière à bord du Baloum Gwen, un voilier en acier, mouillé dans l’archipel des îles aléoutiennes tout prêt la Russie. Il était question d’emprunter une route maritime ni ouverte, ni fermée, parfois sans carte, parfois sans fond. C’était le moment de naviguer sur les glaces flottantes, de découvrir le monde hyperboréen, de se mêler aux peuples du grand nord, de retrouver la violence de l’océan. La traversée du pôle nord magnétique à la voile, d’Alaska au Groenland, va durer quatre mois.

Le Passage du Nord-Ouest est devenu :
un blog, écrit en mer et illustré par Jochen Gerner, un livre pour Jochen Gerner : le panorama du froid.
– le prétexte à un autre voyage au Groenland.
une pièce radiophonique diffusée par France Culture (ACR), la RTFB (par Ouie Dire) et par la KNR (la radio groenlandaise). Grâce à la bourse du côté des ondes.
– une performance radiophonique avec le bassoniste, Brice Martin , le plasticien Yoyo Gontier et l’ingénieure du son Camille Frachet.