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ETEL – docu-concert sous casque

A l’invitation de Vincent Courtois, violoncelliste et de la compagnie l’Imprévu.

Exploration sonore d’une sensation particulière : le sentiment océanique ; il  surgit sans crier gare devant un paysage, en écoutant de la musique. Il fait « partir sur l’intérieur » dirait les marins, alors que l’on serait au contact de l’infiniment grand, de l’infiniment petit. Vont apparaitre dans le casque au grès des courants marins : Tifenn Yvon, ostréicultrice, Jean Pascal Leguaric, sémaphoriste, Yaouel Sabot, Garde du littoral, François Malette, ancien marin, quelques sauveteurs.res en mer, une rivière, une vague scélérate, un banc de sable, un vieux cannot…
« Il y a quelque chose de viscéral, d’un peu ancré. Qu’on soit marin, qu’on soit terrien. Il y a cette chose dans le paysage. Il structure une vie, c’est évident. Au final, le paysage, c’est aussi un membre de la famille, on ne s’en lasse pas. C’est la maison. » Yaouen Sabot – Garde du littoral.
Où le plaisir de travailler les voix d’une ostréicultrice, d’un sémaphoriste, d’un ancien mécanicien de gros chaluts, d’un kitesurfeur, d’un garde du littoral. Et quelques questionnements intérieurs à travers les mots des autres, posés ça et là à l’écoute de la musique de Vincent Courtois.
Créé à l’Atelier du plateau – Paris, le 1er juillet 2018.

Le Passage du Nord-Ouest – France culture

Ecoute ici

Un Docu-fiction d’Aline Pénitot, co-produit par France Culture, la RTBF, la KNR (radio groenlandaise) / Sélectionné dans le cadre de la bourse Du côté des ondes lancée par la RTBF, la SACD et la SCAM Belgique, la SACD et la SCAM France et la promotion des lettres de la Fédération Wallonie Bruxelles. 

Relation d’une traversée de l’Océan Glacial Arctique à la voile.

Certains baleiniers en ont déduit que le Passage du Nord-Ouest, qui a posé si longuement un problème à l’homme, n’en fut jamais un pour la baleine. Herman Melville, Moby Dick.

Passage du Nord-Ouest
Passage du Nord-Ouest Crédits : Aline Pénitot, Thierry Fabing, Arielle Corre
Le Passage du Nord Ouest - 6
Le Passage du Nord Ouest – 6 Crédits : Aline Pénitot, Thierry Fabing, Arielle Corre

Il était temps de s’engager comme équipière à bord du Baloum Gwen, un voilier en acier, mouillé dans l’archipel des îles aléoutiennes tout prêt la Russie. Il était question d’emprunter une route maritime ni ouverte, ni fermée, parfois sans carte, parfois sans fond : le Passage du Nord-Ouest. C’était le moment de naviguer sur les glaces flottantes, de partir sur les plaines abyssales, de découvrir le monde hyperboréen, de se mêler aux peuples du grand nord, de retrouver la violence de l’océan. La traversée du pôle nord magnétique à la voile, d’Alaska au Groenland, va durer quatre mois.

Cette pièce radiophonique est issue du carnet de voyage écrit par Aline Pénitot au long de l’expédition et des prises de sons d’un autre voyage au Groenland.

En écoutant le bassoniste Brice Martin, Aline Pénitot a entendu des baleines, des vents, de la glace et des courants. Lors de l’écriture de la pièce radiophonique, le basson est passé par-delà les textes récités par Delphine Gardin, il est devenu un personnage réel embarqué dans l’écoute de cette longue traversée. Constamment dans l’ombre du récit, il met l’accent sur ce qui est indicible, ineffable, irracontable.

Texte, création sonore, montage, prise de son à Paris et au Groenland : Aline Pénitot / Basson : Brice Martin / Voix : Delphine Gardin, Jean Furst, Jeanne Lacland, Erna Lynge et Jérémias Jensen / Baleines : Olivier Adam, CNRS-CNPS / Prises de son à la RTBF : Pierre Devalet/ Mixage à Radio France : Djaisan Taouss

De chaleureux remerciements à Henriette Rasmussen et Thierry Fabing.

Carte du Passage Nord-Ouest
Carte du Passage Nord-Ouest

Le Panorama du froid de Jochen Gerner

Tout au long de l’expédition, Jochen Gerner, est devenu le correspondant à terre de ce journal de voyage. Il envoie par mail des cartes postales recouvertes à l’acrylique selon un principe de glaciation formelle. Légendée suivant une contrainte géographique et polaire, cette série de dessins est devenueLe Panorama du froid, é dité par l’Association . Ce livre sort le 16 mai 2013.

Le Passage du Nord-Ouest est diffusé dans l’émission Par Ouï-Dire de la Première-RTBF à 22H le 20 mai.Et le 16 mai également dans les programmes en langue étrangère de la Radio Groenlandaise, la KNR.

Suivi de :

Le retour de Pénélope Composition électroacoustique d’Aline Pénitot Pénélope a fait un beau et long voyage.A Ulysse, elle avait dit : “Printemps, tu verras, je serais de retour.” Elle hésite à rentrer. Elle n’a pas les mots pour raconter.

Loin de Damas – France Culture

Ecoute ici.

Un documentaire de création d’Aline Pénitot / Réalisation Gilles Mardirossian / Musique Jasser Haj Youssef

Inspiré du livre Loin de Damas d’Omar Youssef Souleimane, Éditions Le temps des cerises. / Mixage Mathieu Leroux

Syrie, comment représenter la réalité de la guerre ?

Goutha assiégée, Damas, Syrie (Besieged eastern Goutha, Damascus, Syria)
Goutha assiégée, Damas, Syrie (Besieged eastern Goutha, Damascus, Syria) Crédits : Mohammad Brada / DR

Quelle est la bonne distance pour écouter la réalité de la guerre ?

Quand nous passerons les frontières, fuyant les balles, ne dit à personne que nous sommes vivants. Omar Youssef Souleimane.

Alors que la guerre en Syrie s’éternise et qu’elle pousse des millions de Syriens et de Syriennes sur les routes de l’exil, Aline Pénitot s’est demandée : qu’elle est la bonne distance pour écouter la réalité de la guerre ?

Est-ce en restant au ras des récits et de leur brutalité ? Dans les paysages sonores d’Alsace ou d’Istanbul  entourant aujourd’hui des Syriens et Syriennes en exil ? Par la distance des poèmes d’Omar Souleimane Youssef lus par Kashan Kalkor, un exilé d’Istanbul .  A l’écoute commune d’un orage, à moins que ce ne soit un bombardement. Est-ce qu’il faut passer à travers la musique de Jasser Haj Youssef qui s’approche et s’éloigne, répond et questionne jusqu’à absorber la guerre ? Dans la traduction de Nada qui circule entre les langues et traduit les émotions? Par les allers-retours du micro tendu ?

Istanbul. En lisant Omar Youssef Souleimane
Istanbul. En lisant Omar Youssef Souleimane Crédits : Aline Pénitot / DR

Peut – être est -ce par le cri dans le vide d’Adib Shamas depuis Mulhouse :

Ils m’ont demandé plein de fois de raconter la guerre, les tortures, la sortie de la Syrie, l’exil. Mais ils ne m’ont jamais demandé qui j’étais. Et je crois que jusqu’à maintenant, personne ne m’a jamais posé la question.

Peut-être encore est-ce en écoutant le récit factuel de l’exode de Samah Renan et ses quatre enfants depuis sa maison bombardée jusqu’à la morgue de Paris pour y retrouver une nièce, en passant par la Turquie, un bateau, douze pays; ou à travers l’histoire irréelle de Muhammad Zaal Alsalloum depuis Istanbul jusqu’au sud de la Syrie où il fut forcé de rester pendant sept ans? Lui, qui a traversé le désert, les champs de mines, les prisons, les territoires de Daesh,  parle en s’amusant du son des « éléphants qui lâchent des missiles » dans un humour glaçant et distant qui déplace la « folie de la Syrie » et la fait venir jusqu’à nous.

Dominicains de Haute - Alsace. Jasser Haj Youssef et Gilles Mardirossian.
Dominicains de Haute – Alsace. Jasser Haj Youssef et Gilles Mardirossian. Crédits : Aline Pénitot / DR

Rémoras, John Cage et haut-parleur.

Quand deux rémoras, poisson-requin parasites, s’acclimatent aux silences d’une composition de John Cage. Lundi 26 juin 2017 – Réunion

C’était hier et déjà les impressions se recomposent.

Des impressions en aller-retour qui buttent à toute chronologie.

A chaque déroulement de la pensée, elle repart en arrière et scrute une explication dans les détails. Qu’est-ce qu’il s’est passé exactement sur ce bateau, au large de la baie de Saint-Paul côte ouest de la Réunion ?

Au sortir du port, une houle inhabituellement longue.

Une houle inhabituellement longue qui porte à la côte.

A quel moment, et pourquoi à ce moment là, j’ai sorti un haut parleur pour le mettre à l’eau. Je l’ai accroché au taquet bâbord arrière qui sert normalement à souquer l’amarre au ponton. Le bout n’est pas accès long ; le haut parleur n’était plongé que d’une dizaine de centimètres sous l’eau.

Nous sommes quatre à bord, joyeux, nous venons de croiser quelques dauphins, nous venons d’enregistrer quelques clics de dauphins. De subtiles clics.

La houle inhabituellement longue ne cesse de grossir et il faut se mettre à son rythme pour observer le plan d’eau. Chercher un souffle, scruter un dos, le signe d’une baleine à bosse dans le creux d’une ondulation de l’océan indien. Pour le moment pas de souffle, pas de dos.

Est-ce que nous sommes allés plus loin ou est-ce que nous nous sommes rapprochés de la côte.

A un moment, des pécheurs nous disent qu’ils avaient vu une baleine, hier. Plutôt vers la côte. Dans un endroit calme. Je crois que le plan d’eau est devenu plus calme.

Du moins si l’on parle des sensations sur le bateau.

Parce qu’au loin, assurément, la houle.

Parce qu’au proche, les vagues éclatent l’île.

Et réveillent les désirs enfouis de surf. De gros surf.

De gros surf empêché à la Réunion depuis la crise requin.

De vagues amples qui ne seront pas surfées.

Qui ne seront plus surfées avant très longtemps.

Ne pas dire jamais.

Ne pas penser jamais.

Pas de souffle.

Pas de dos.

Alors dans la conversation à bord, on reparle de l’accident de la semaine dernière. D’un « mais-ça-ne-peux-pas-m’arriver-à-moi » qui est parti surfer quand même, qui est parti surfer quand même en eaux troubles. Dans l’expression, dans les mots qui sortent sur le bateau, on dénonce l’idiotie, l’amateurisme, l’adolescence. Dans les mots qui ne se disent pas, le désir de surfer ces vagues qui éclatent l’île. Je pense à Saint Leu, à cette vague gauche mytique qui n’est plus surfée. A la mort d’un vague.

Ne pas penser.

Pas de souffle.

Pas de dos.

L’ampleur, la longueur s’envisage. Celle-là qui ferme sur la grève du port se déroule dans le mauvais sens. Celle-ci par contre.

Quelle élégance.

Chacun se reconcentre sur l’observation du plan d’eau.

On s’interroge sur la quantité de jacinthes d’eaux qui meurent à la surface de l’océan salé.

Pas de souffle.

Pas de dos.

Et un nouveau silence.

Je sors le haut-parleur à l’arrière du bateau.

Marion balance un hydrophone dans l’eau.

J’envoie la Litany for the Whale de John Cage sous le bateau.

On développe des hypothèses sur la quantité de jacinthes d’eau qui meurent à la surface de l’océan salé.

Et Marion crie : « shark, shark ».

Bertrand saute dans sa combi et sort son appareil photo.

Il est déjà à l’eau. Je n’ai encore rien vu. Carole veille sur le plan d’eau.

Pas un souffle, pas un dos.

Prendre une combi, doubler la prise par un autre hyrdophone, ou sortir son appareil photo. Je ne pense plus.

Pendant ce temps la Litany for the Whale joue sous l’eau.

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Question musicale, soupir musicale, réponse musicale, silence musicale

Long silence – long silence a-musical. Ou pour le moins a-musicien. Paranthèse sur ce qui passe dans le haut-parleur. Sur cette Litany for the Whale, écrite en 1980. Quelques années après la publication de Payne et Mac Vay dans Sciences. Peut-être en parler plus tard, en parler encore et encore.

Mais lors de l’enregistrement de Brice Martin au basson, je lui avais pour consigne de signifier un vrai silence, de ne pas le lier l’ensemble des récitation-question et des response. Alors dans sa tête, pour le tromper il devait réciter wistiti-carambar avant de passer à la prochaine recitation-question.

Question, soupir, réponse, silence.

Long silence.

Je n’ai encore rien vu.

Question, soupir, réponse, silence

Long silence

Deux rémoras apparaissent à l’avant du bateau et longent la coque vers le haut-parleur.

Coté bâbord.

Question, soupir, réponse, silence

Long silence

Deux rémoras s’en vont par l’avant du bateau dans les profondeurs.

Question, soupir, réponse, silence

Deux rémoras apparaissent à l’avant du bateau et longent la coque vers le haut-parleur.

Long silence

Deux rémoras nagent aléatoirement. Et s’en vont à l’avant du bateau dans les profondeurs. Elles hésitent.

Question, soupir, réponse,

Long silence

Deux rémoras s’en vont par l’avant du bateau dans les profondeurs.

Question, soupir, réponse,

Deux rémoras apparaissent à l’avant du bateau et longent la coque vers le haut-parleur.

Long silence

Deux rémoras s’en vont par l’avant du bateau dans les profondeurs.

Question, soupir, réponse,

Deux rémoras apparaissent à l’avant du bateau et longent la coque.

Et approchent le haut-parleur.

Long silence

Deux rémoras s’en vont par l’avant du bateau dans les profondeurs.

Question, soupir, réponse,

Deux rémoras apparaissent à l’avant du bateau et longent la coque.

Et approchent le haut-parleur.

J’arrête la Litany for the Whale

Deux rémoras s’en vont par l’avant du bateau dans les profondeurs.

J’apprends qu’une rémora est dite phorétique. Un mot qui selon les interprétations veut dire parasite ou mutaliste. Une espèce transportée par une autre. Mauvaise nageuse, la rémora se colle à un grand requin, une baleine à bosse, un dauphin, une tortue.

Son partenaire préféré est le requin.

Si je n’avais pas arrêter la Litany for the whale, est-ce que les rémoras se seraient ventousé au haut-parleur ? A la coque du bateau ?

Qui rode dans les fonds ?

La baleine à bosse aperçue hier par les pécheurs ? Un requin ?

Les rémoras se sont-elles décrocher pour s’approcher du haut-parleur ?

Et qu’auraient-elles fait si la pièce de John Cage ne comportait pas de silence.

Si cela avait été une autre pièce. Ont-elles confondus le son du basson qui joue la Litany for the Whale et celui d’une baleine à bosse ? Est-ce qu’elles jouaient les sentinelles d’une baleine cachée dans les fonds ?

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Circulaire – relecture queer de Moby Dick

Reviens d’un repérage magnifique dans un ancien couvent dominicain. Reviens extrêmement troublée d’une relecture queer de Moby Dick par Camille de Toledo et comprends enfin ce que je cherche dans la composition circulaire de réponse de la baleine à bosse. Et ce qu’il y a de vertigineux dans le fait de jouer cette pièce faite de chants de baleine dans la nef d’une église à la fois en multicanal et en multidiffusion sur une couronne d’enceintes (couronne d’enceintes dans l’enceinte, vertige encore). Une église désacralisée certe, mais le sacre se serait juste niché ailleurs. Fais enfin le lien entre la Litany for the whale de Cage et le sacre (circulaire quand il devient morbide) de Stravinsky (le sacre-ifice d’une adolescente). Celui avec Debussy embrassant (en aval de Victor Segalen et en amont de Glissant comme seule la musique peut le faire) tout ce qui serait le mouvant et le trouble. Pour s’en remettre, va boire un verre-vertical de vieux rhum vieilli dans les antilles en fut de chêne (de bourgogne), construit par un menuisier-charpentier comme la voute de la nef d’une église, la coque d’un bateau, le corps d’un théâtre ou l’armature d’un cercueil. Celui de Queequeg par exemple, qu’il commande avec précision à un charpentier de marine et sur lequel il fait reproduire ses tatouages. Conclusion : penser à tatouer l’enceinte de l’église dans laquelle sera projetée la réponse de la baleine à bosse de manière circulaire. Tu me suis ? Tant mieux. Tu ne me suis pas ? Je reprends pas à pas. A un moment, il sera aussi question de projections, de directions, de tenir un cap. Mais pour le moment, il est question de circulation.

18 janvier, après une visite du Centre culturel de rencontres, les Dominicains, co-producteur de nos histoires baleinières.

Au plus nord du continent américain

 

Le 30 mars 1993, la brigade d’intervention théâtrale de Dijon, se rassemble devant l’ours polaire, sculpté par Pompon, gisant dans le square Darcy. Après un long moment de concentration et de recueillement, la brigade d’intervention marche en rangs serrés vers l’hypermarché le plus proche. Elle est surentraînée et parfaitement équipée.
À 10h15 précise, la première cordée part pour l’ascension du bac surgelé par la face nord. À 10h24, tous les membres de la brigade sont interpellés.
Personne n’avait jamais tenté une telle ascension. À ce jour, personne n’a pu réussir un tel exploit.

Jeanne Lacland, publié le 08 juin 2010, pour la revue en ligne du Théâtre du Rond-Point, Ventscontraires.net

 

Que nous disent les baleines ?

Olivier Adam est l’invité d’Antonio Fischetti sur RFI pour l’émission, Autour de la question. La question est donc celle du langage. Ou pas.

http://www.rfi.fr/emission/20161121-nous-disent-baleines