Archives de l’auteur : alinepenitot

Partenaires

Why Note – Dijon. Why Note s’inscrit dans une démarche ouverte de production,
de diffusion et de sensibilisation aux musiques créatives. Why Note
développe un accompagnement sur mesure de projets de musiciens qui souhaitent
s’aventurer dans des territoires inconnus. Par exemple, à travers le
projet de création musicale et d’instruments par le contrebassiste Sébastien
Bacquias au sein de la classe d’Ebénisterie d’un lycée professionnel. Projet
finaliste du Prix de l’audace artistique et culturel 2017. L’Echo des saisons,
un projet du même type, mené auprès des patients souffrant de pathologies
graves a reçu le Trophée régional de l’innovation sociale de l’AG2R La
Mondiale en 2016. La rencontre avec Aline Pénitot fait résonance avec l’engagement
sociétal des projets soutenus par Why Note tout en questionnant la
place et le rôle de l’artiste au-delà des cercles culturels habituels.
Why Note supporte et développe directement le projet, met à disposition du
projet sa chargée de développement, Cristina Anghel. Elle travaille la diffusion
et les partenariats auprès du réseau Tras (24 acteurs nationaux qui s’engagent
pour le développement des projets musique-science), du réseau des
Centres Nationaux de création musicale, des réseaux de Bourgogne Franche
Conté, des réseaux liés à la musique créative. Why Note a sollicité une aide
directe de l’Etat pour la compositrice Aline Pénitot. La commande d’Etat est
une reconnaissance par l’Etat du métier de compositeur et de son travail ; elle
soutient l’effort accompli par les structures de création, de production et de
diffusion auprès du public présentant les oeuvres commandées.

Abyss – La réunion. Fondée en 2009, Abyss est une association réunionnaise à but non
lucratif, dédiée à l’observation, à la découverte et la protection des mammifères
marins et de l’océan. Elle regroupe aujourd’hui plus de 150 adhérents, issus
de milieux différents. Les principaux objectifs de l’association sont : observer
et étudier les cétacés de l’Océan Indien, développer des programmes scientifiques
et éco-volontaires, mener des actions de préservation et de protection
des espèces menacés (baleines, dauphins), agir et sensibiliser la population
sur la préservation du sanctuaire Océan Indien. Abyss mène ainsi plusieurs
projets à caractère scientifique à l’échelle de l’île et plus largement sur la zone
Océan Indien. Compte tenu notamment des phénomènes de migration de certaines
espèces, la question de la préservation des cétacés ne peut en effet être
pertinente qu’à une échelle plus étendue.

• Institut Jean Le Rond d’Alembert, équipe Lam, Université Pierre et Marie
Curie – Paris. L’équipe de recherche rassemble des spécialistes en acoustique
musicale et mécanique vibratoire. Elle travaille sur l’analyse d’instruments
traditionnelle et imagine de nouvelles lutheries. Elle s’intéresse également
à de nouveaux sons, notamment issu de l’acoustique environnementale.
L’Institut Jean Le Rond d’Alembert est un laboratoire de recherche dont la
vocation est d’étendre le champ des connaissances dans tous les domaines
de la mécanique, de l’acoustique et de l’énergétique. L’équipe Lutheries-
Acoustique-Musique (Lam, lam.jussieu.fr) a été le laboratoire pionnier en
recherche en acoustique musicale. De renommée scientifique internationale basée en particulier sur la qualité de ses publications scientifiques et de ses
collaborations internationales, elle est organisée autour de trois composantes
de recherche multidisciplinaire : l’analyse des liens entre physique des
instruments de musique et techniques de jeu incluant l’étude de la perception/
cognition, la préservation et la numérisation des enregistrements audio, et
enfin l’acoustique architecturale.
Le Lam est présent dans toutes les étapes du projet et met à disposition du
projet Olivier Adam en lien avec ses étudiants.

• Césaré, Centre national de création musical – Reims. Césaré est, depuis
juillet 2006, l’un des six centres nationaux de création musicale répartis sur
l’ensemble du territoire. Il est dirigé par le compositeur Philippe Le Goff. Ses
missions sont essentiellement liées à la création musicale et sonore. Césaré
favorise l’émergence d’oeuvres originales à la frontière des styles musicaux
et des disciplines artistiques. À ce titre, Césaré est coproducteur d’un festival
avec La Cartonnerie, et développe une politique de commandes, de résidences
et de formations autour des nouveaux langages musicaux et des technologies
audio-numériques. Césaré se veut un lieu de rencontres entre les artistes
et le public, ouvert au monde et sensible au moindre frémissement de la
création. Soutien historique du projet depuis le début, Césaré accueille des
périodes de résidences et d’enregistrements, apporte son expertise quant au
développement artistique du projet.

• Association Dirac – Nogent-sur-Marne. Association dirigée par Olivier
Adam, elle participe à la réalisation de travaux de recherche en traitement du
signal appliqué à l’acoustique, et en particulier d’une part, à la bioacoustique,
l’acoustique sous-marine et d’autre part à l’acoustique musicale. Elle permet
la diffusion des connaissances en acoustique, en traitement du signal,
en bioacoustique et en acoustique musicale, en favorisant les échanges
intellectuels relatifs à ces spécialités aux moyens de toutes actions concourant
à ce but, directement ou indirectement, par exemple au moyen de travaux,
missions, ateliers, conférences, congrès, expositions ou publications. Elle
organise des événements et des expertises. Elle finance des missions pour
des jeunes étudiants, les aide à aller dans des conférences et l’organisation
d’événements.
> L’association

Equipage

Aline Pénitot – compositrice, documentariste sonore – Direction artistique
Vit et travaille à Paris et à Saint-Denis de la Réunion. Arrière-arrière-petitepetite-
fille de corsaire normand, Aline Pénitot est née sur un continent.
Poursuivie par des études sérieuses en sciences politiques, elle s’échappe souvent,
en voilier, à travers les océans. Elle s’amarre au studio électroacoustique
de Pantin. Aujourd’hui, elle est compositrice électroacoustique, documentariste
de radio, navigatrice. Elle explore la ligne de crête située entre la composition
musicale et l’écriture du réel. Elle collabore régulièrement avec France
Culture et France Inter. Ses compositions et pièces radiophoniques ont été
programmées par l’Audible Festival à Bagnolet, le festival Sonor, le festival
Longueur d’Ondes, France Culture, France Musique, la RTBF, le festival Hear
Say, le Muséum d’Histoires Naturelles, Césaré, Why Note, Les Domincains,
Royaumont… Elle a reçu la bourse Du Côté des Ondes de la RTBF, la bourse
Brouillon d’un Rêve et Pierre Schaeffer de La Scam et la bourse Phonurgia
Nova. Elle est lauréate du programme Prototype de la Fondation Royaumont.
Elle a été en résidence au GRM. Elle est régulièrement en résidence à Césaré,
centre national de création musicale de Reims. Elle développe actuellement
un projet sur les chants de baleines à bosse avec le bio acousticien Olivier
Adam et le bassoniste Sophie Bernado ; un projet produit par Why Note, programmation
musicale du centre d’art le Consortium à Dijon et soutenu par la
Cité des Arts de Saint-Denis de La Réunion.

Olivier Adam – scientifique, bioacousticien – direction scientifique
Olivier Adam est professeur, Université Pierre et Marie Curie, laboratoire Lam
(Lutherie Acoustique Musique). Spécialiste en traitement du signal en bioacoustique,
il étudie les cétacés depuis 2001 dans l’équipe Communication animales
de l’institut des neurosciences Paris Saclay. Il est actuellement engagé
dans trois projets de recherche : le recensement des émissions sonores des
cétacés de Saint-Pierre-et-Miquelon, la détection des baleines bleues antarctique
par acoustique passive et l’étude des chants de baleines à bosse. Depuis
2000, il a rédigé plus de quarante articles parus dans des revues scientifiques
internationales.

Sophie Bernado – bassoniste
Dès l’âge de dix-sept ans, elle joue dans plusieurs orchestres dont le Toulouse
Chamber Orchestra. Elle intègre le Conservatoire National Supérieur de Paris
en 2000 où elle apprend la musique indienne de Patrick Moutal et le jazz de
Glenn Ferris. Sophie s’installe à Berlin pendant sept ans et rencontre des
acteurs de la musique underground avec lesquels elle multiplie les projets
en tant que chanteuse-rappeuse et bassoniste improvisatrice. Elle participe
à Andromeda Mega Express (album avec Notwist), Das Rote Gras, Flam’n Co et
crée son premier groupe Sir Chac Bulay. De retour en France en juin 2010,elle joue avec le Surnatural Orchestra, Edouard Ferlet, Nosfell, et enregistre et
part en tournée sur l’album de Dominique A Rendez-nous les lumières. Depuis
septembre 2016, Sophie joue aux côtés de Hugues Mayot, Valentin et Theo
Ceccaldi, Joachim Florent dans le groupe de Hugues Mayot l’Arbre Rouge inscrit
dans les petites formes de l’ONJ Jazz Fabric et aux côtés de Rafaelle Rinaudo
et Hugues Mayot le trio improvisé Ikui doki, lauréat de Jazz Migration et de
la tournée JMF 2018. Elle accompagne aussi Emily Loizeau sur son dernier
album et sa tournée Eaux sombres. Sophie joue également avec le quintette à
vent Art Sonic de Joce Mienniel et Sylvain Rifflet, White Desert Orchestra de
Eve Risser, le sextet flamenco de Manuel Delgado. Elle est co-auteure, compositrice
et chanteuse du conte pour enfants Les Symphonies subaquatiques
accompagné de Dominique A, Agnès Jaoui et Jacques Gamblin.

Alex Voyer – photographe, videaste
Alex Voyer est ingénieur du son, apnéiste et photographe sous-marin.
Passionné par les océans et les animaux qui les peuplent, il fonde avec Alex
Roublaut le duo Fisheyes et avec Marianne Aventurier Sink and Swim. Ses
photos seront reprises dans de nombreux blogs et magazines (Libération,
Match, The Guardian…). Toujours prises en apnée, en lumières natuelles, les
photos d’Alex Voyer dévoilent les relations qui peuvent survenir lors d’une
rencontre avec de grands mammifères marins. Il aime photographier les
corps de nageurs en piscine, en milieu froid, en vol lors d’une compétition de
plongeurs de haut-vol, toujours en suspens.

Céline Grangey – ingénieure du son
Après avoir étudié le violon et le piano depuis l’âge de six ans et suite à des
études scientifiques, Céline Grangey s’oriente naturellement vers le métier
d’ingénieur du son. Elle intègre la formation supérieure aux métiers du son
du CNSMDP en 2001 et effectue parallèlement de nombreux stages en France
(Radio France, Eloquentia, Emi) et à l’étranger. En 2005, elle complète son
expérience par un séjour au Banff Centre for the Arts (Canada). Son diplôme de
musicien/ingénieur du son obtenu en 2006, elle est preneuse de son pour des
festivals (Valloires, Saison Musicale de Royaumont), assistante sur des enregistrements
discographiques dont elle fait la post production (Ambroisie/
Naïve, Mirare, Emi). Elle participe également à la numérisation des archives
de la Cité de la Musique et intervient souvent dans les équipes de France
Musique comme chargée de réalisation. Aujourd’hui, elle travaille régulièrement
pour le studio Little Tribeca où elle réalise des enregistrements pour
David Grimal et Les Dissonances, Christophe Rousset, Barbara Hendricks,
etc. Sa passion pour le jazz l’amène à sonoriser les concerts d’Isabelle Olivier
(harpe) et de l’Orchestre National de Jazz. Céline s’associe à d’autres ingénieurs
du son pour développer de nouveaux projets, mutualiser le matériel
de prise de son et l’expérience. Elle pratique toujours la musique en amateur
(violon, Ondes Martenot).

ETEL – docu-concert sous casque

A l’invitation de Vincent Courtois, violoncelliste et de la compagnie l’Imprévu.

Exploration sonore d’une sensation particulière : le sentiment océanique ; il  surgit sans crier gare devant un paysage, en écoutant de la musique. Il fait « partir sur l’intérieur » dirait les marins, alors que l’on serait au contact de l’infiniment grand, de l’infiniment petit. Vont apparaitre dans le casque au grès des courants marins : Tifenn Yvon, ostréicultrice, Jean Pascal Leguaric, sémaphoriste, Yaouel Sabot, Garde du littoral, François Malette, ancien marin, quelques sauveteurs.res en mer, une rivière, une vague scélérate, un banc de sable, un vieux cannot…
« Il y a quelque chose de viscéral, d’un peu ancré. Qu’on soit marin, qu’on soit terrien. Il y a cette chose dans le paysage. Il structure une vie, c’est évident. Au final, le paysage, c’est aussi un membre de la famille, on ne s’en lasse pas. C’est la maison. » Yaouen Sabot – Garde du littoral.
Où le plaisir de travailler les voix d’une ostréicultrice, d’un sémaphoriste, d’un ancien mécanicien de gros chaluts, d’un kitesurfeur, d’un garde du littoral. Et quelques questionnements intérieurs à travers les mots des autres, posés ça et là à l’écoute de la musique de Vincent Courtois.
Créé à l’Atelier du plateau – Paris, le 1er juillet 2018.

Le Passage du Nord-Ouest – France culture

Ecoute ici

Un Docu-fiction d’Aline Pénitot, co-produit par France Culture, la RTBF, la KNR (radio groenlandaise) / Sélectionné dans le cadre de la bourse Du côté des ondes lancée par la RTBF, la SACD et la SCAM Belgique, la SACD et la SCAM France et la promotion des lettres de la Fédération Wallonie Bruxelles. 

Relation d’une traversée de l’Océan Glacial Arctique à la voile.

Certains baleiniers en ont déduit que le Passage du Nord-Ouest, qui a posé si longuement un problème à l’homme, n’en fut jamais un pour la baleine. Herman Melville, Moby Dick.

Passage du Nord-Ouest
Passage du Nord-Ouest Crédits : Aline Pénitot, Thierry Fabing, Arielle Corre
Le Passage du Nord Ouest - 6
Le Passage du Nord Ouest – 6 Crédits : Aline Pénitot, Thierry Fabing, Arielle Corre

Il était temps de s’engager comme équipière à bord du Baloum Gwen, un voilier en acier, mouillé dans l’archipel des îles aléoutiennes tout prêt la Russie. Il était question d’emprunter une route maritime ni ouverte, ni fermée, parfois sans carte, parfois sans fond : le Passage du Nord-Ouest. C’était le moment de naviguer sur les glaces flottantes, de partir sur les plaines abyssales, de découvrir le monde hyperboréen, de se mêler aux peuples du grand nord, de retrouver la violence de l’océan. La traversée du pôle nord magnétique à la voile, d’Alaska au Groenland, va durer quatre mois.

Cette pièce radiophonique est issue du carnet de voyage écrit par Aline Pénitot au long de l’expédition et des prises de sons d’un autre voyage au Groenland.

En écoutant le bassoniste Brice Martin, Aline Pénitot a entendu des baleines, des vents, de la glace et des courants. Lors de l’écriture de la pièce radiophonique, le basson est passé par-delà les textes récités par Delphine Gardin, il est devenu un personnage réel embarqué dans l’écoute de cette longue traversée. Constamment dans l’ombre du récit, il met l’accent sur ce qui est indicible, ineffable, irracontable.

Texte, création sonore, montage, prise de son à Paris et au Groenland : Aline Pénitot / Basson : Brice Martin / Voix : Delphine Gardin, Jean Furst, Jeanne Lacland, Erna Lynge et Jérémias Jensen / Baleines : Olivier Adam, CNRS-CNPS / Prises de son à la RTBF : Pierre Devalet/ Mixage à Radio France : Djaisan Taouss

De chaleureux remerciements à Henriette Rasmussen et Thierry Fabing.

Carte du Passage Nord-Ouest
Carte du Passage Nord-Ouest

Le Panorama du froid de Jochen Gerner

Tout au long de l’expédition, Jochen Gerner, est devenu le correspondant à terre de ce journal de voyage. Il envoie par mail des cartes postales recouvertes à l’acrylique selon un principe de glaciation formelle. Légendée suivant une contrainte géographique et polaire, cette série de dessins est devenueLe Panorama du froid, é dité par l’Association . Ce livre sort le 16 mai 2013.

Le Passage du Nord-Ouest est diffusé dans l’émission Par Ouï-Dire de la Première-RTBF à 22H le 20 mai.Et le 16 mai également dans les programmes en langue étrangère de la Radio Groenlandaise, la KNR.

Suivi de :

Le retour de Pénélope Composition électroacoustique d’Aline Pénitot Pénélope a fait un beau et long voyage.A Ulysse, elle avait dit : “Printemps, tu verras, je serais de retour.” Elle hésite à rentrer. Elle n’a pas les mots pour raconter.

Loin de Damas – France Culture

Ecoute ici.

Un documentaire de création d’Aline Pénitot / Réalisation Gilles Mardirossian / Musique Jasser Haj Youssef

Inspiré du livre Loin de Damas d’Omar Youssef Souleimane, Éditions Le temps des cerises. / Mixage Mathieu Leroux

Syrie, comment représenter la réalité de la guerre ?

Goutha assiégée, Damas, Syrie (Besieged eastern Goutha, Damascus, Syria)
Goutha assiégée, Damas, Syrie (Besieged eastern Goutha, Damascus, Syria) Crédits : Mohammad Brada / DR

Quelle est la bonne distance pour écouter la réalité de la guerre ?

Quand nous passerons les frontières, fuyant les balles, ne dit à personne que nous sommes vivants. Omar Youssef Souleimane.

Alors que la guerre en Syrie s’éternise et qu’elle pousse des millions de Syriens et de Syriennes sur les routes de l’exil, Aline Pénitot s’est demandée : qu’elle est la bonne distance pour écouter la réalité de la guerre ?

Est-ce en restant au ras des récits et de leur brutalité ? Dans les paysages sonores d’Alsace ou d’Istanbul  entourant aujourd’hui des Syriens et Syriennes en exil ? Par la distance des poèmes d’Omar Souleimane Youssef lus par Kashan Kalkor, un exilé d’Istanbul .  A l’écoute commune d’un orage, à moins que ce ne soit un bombardement. Est-ce qu’il faut passer à travers la musique de Jasser Haj Youssef qui s’approche et s’éloigne, répond et questionne jusqu’à absorber la guerre ? Dans la traduction de Nada qui circule entre les langues et traduit les émotions? Par les allers-retours du micro tendu ?

Istanbul. En lisant Omar Youssef Souleimane
Istanbul. En lisant Omar Youssef Souleimane Crédits : Aline Pénitot / DR

Peut – être est -ce par le cri dans le vide d’Adib Shamas depuis Mulhouse :

Ils m’ont demandé plein de fois de raconter la guerre, les tortures, la sortie de la Syrie, l’exil. Mais ils ne m’ont jamais demandé qui j’étais. Et je crois que jusqu’à maintenant, personne ne m’a jamais posé la question.

Peut-être encore est-ce en écoutant le récit factuel de l’exode de Samah Renan et ses quatre enfants depuis sa maison bombardée jusqu’à la morgue de Paris pour y retrouver une nièce, en passant par la Turquie, un bateau, douze pays; ou à travers l’histoire irréelle de Muhammad Zaal Alsalloum depuis Istanbul jusqu’au sud de la Syrie où il fut forcé de rester pendant sept ans? Lui, qui a traversé le désert, les champs de mines, les prisons, les territoires de Daesh,  parle en s’amusant du son des « éléphants qui lâchent des missiles » dans un humour glaçant et distant qui déplace la « folie de la Syrie » et la fait venir jusqu’à nous.

Dominicains de Haute - Alsace. Jasser Haj Youssef et Gilles Mardirossian.
Dominicains de Haute – Alsace. Jasser Haj Youssef et Gilles Mardirossian. Crédits : Aline Pénitot / DR

Rémoras, John Cage et haut-parleur.

Quand deux rémoras, poisson-requin parasites, s’acclimatent aux silences d’une composition de John Cage. Lundi 26 juin 2017 – Réunion

C’était hier et déjà les impressions se recomposent.

Des impressions en aller-retour qui buttent à toute chronologie.

A chaque déroulement de la pensée, elle repart en arrière et scrute une explication dans les détails. Qu’est-ce qu’il s’est passé exactement sur ce bateau, au large de la baie de Saint-Paul côte ouest de la Réunion ?

Au sortir du port, une houle inhabituellement longue.

Une houle inhabituellement longue qui porte à la côte.

A quel moment, et pourquoi à ce moment là, j’ai sorti un haut parleur pour le mettre à l’eau. Je l’ai accroché au taquet bâbord arrière qui sert normalement à souquer l’amarre au ponton. Le bout n’est pas accès long ; le haut parleur n’était plongé que d’une dizaine de centimètres sous l’eau.

Nous sommes quatre à bord, joyeux, nous venons de croiser quelques dauphins, nous venons d’enregistrer quelques clics de dauphins. De subtiles clics.

La houle inhabituellement longue ne cesse de grossir et il faut se mettre à son rythme pour observer le plan d’eau. Chercher un souffle, scruter un dos, le signe d’une baleine à bosse dans le creux d’une ondulation de l’océan indien. Pour le moment pas de souffle, pas de dos.

Est-ce que nous sommes allés plus loin ou est-ce que nous nous sommes rapprochés de la côte.

A un moment, des pécheurs nous disent qu’ils avaient vu une baleine, hier. Plutôt vers la côte. Dans un endroit calme. Je crois que le plan d’eau est devenu plus calme.

Du moins si l’on parle des sensations sur le bateau.

Parce qu’au loin, assurément, la houle.

Parce qu’au proche, les vagues éclatent l’île.

Et réveillent les désirs enfouis de surf. De gros surf.

De gros surf empêché à la Réunion depuis la crise requin.

De vagues amples qui ne seront pas surfées.

Qui ne seront plus surfées avant très longtemps.

Ne pas dire jamais.

Ne pas penser jamais.

Pas de souffle.

Pas de dos.

Alors dans la conversation à bord, on reparle de l’accident de la semaine dernière. D’un « mais-ça-ne-peux-pas-m’arriver-à-moi » qui est parti surfer quand même, qui est parti surfer quand même en eaux troubles. Dans l’expression, dans les mots qui sortent sur le bateau, on dénonce l’idiotie, l’amateurisme, l’adolescence. Dans les mots qui ne se disent pas, le désir de surfer ces vagues qui éclatent l’île. Je pense à Saint Leu, à cette vague gauche mytique qui n’est plus surfée. A la mort d’un vague.

Ne pas penser.

Pas de souffle.

Pas de dos.

L’ampleur, la longueur s’envisage. Celle-là qui ferme sur la grève du port se déroule dans le mauvais sens. Celle-ci par contre.

Quelle élégance.

Chacun se reconcentre sur l’observation du plan d’eau.

On s’interroge sur la quantité de jacinthes d’eaux qui meurent à la surface de l’océan salé.

Pas de souffle.

Pas de dos.

Et un nouveau silence.

Je sors le haut-parleur à l’arrière du bateau.

Marion balance un hydrophone dans l’eau.

J’envoie la Litany for the Whale de John Cage sous le bateau.

On développe des hypothèses sur la quantité de jacinthes d’eau qui meurent à la surface de l’océan salé.

Et Marion crie : « shark, shark ».

Bertrand saute dans sa combi et sort son appareil photo.

Il est déjà à l’eau. Je n’ai encore rien vu. Carole veille sur le plan d’eau.

Pas un souffle, pas un dos.

Prendre une combi, doubler la prise par un autre hyrdophone, ou sortir son appareil photo. Je ne pense plus.

Pendant ce temps la Litany for the Whale joue sous l’eau.

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Question musicale, soupir musicale, réponse musicale, silence musicale

Long silence – long silence a-musical. Ou pour le moins a-musicien. Paranthèse sur ce qui passe dans le haut-parleur. Sur cette Litany for the Whale, écrite en 1980. Quelques années après la publication de Payne et Mac Vay dans Sciences. Peut-être en parler plus tard, en parler encore et encore.

Mais lors de l’enregistrement de Brice Martin au basson, je lui avais pour consigne de signifier un vrai silence, de ne pas le lier l’ensemble des récitation-question et des response. Alors dans sa tête, pour le tromper il devait réciter wistiti-carambar avant de passer à la prochaine recitation-question.

Question, soupir, réponse, silence.

Long silence.

Je n’ai encore rien vu.

Question, soupir, réponse, silence

Long silence

Deux rémoras apparaissent à l’avant du bateau et longent la coque vers le haut-parleur.

Coté bâbord.

Question, soupir, réponse, silence

Long silence

Deux rémoras s’en vont par l’avant du bateau dans les profondeurs.

Question, soupir, réponse, silence

Deux rémoras apparaissent à l’avant du bateau et longent la coque vers le haut-parleur.

Long silence

Deux rémoras nagent aléatoirement. Et s’en vont à l’avant du bateau dans les profondeurs. Elles hésitent.

Question, soupir, réponse,

Long silence

Deux rémoras s’en vont par l’avant du bateau dans les profondeurs.

Question, soupir, réponse,

Deux rémoras apparaissent à l’avant du bateau et longent la coque vers le haut-parleur.

Long silence

Deux rémoras s’en vont par l’avant du bateau dans les profondeurs.

Question, soupir, réponse,

Deux rémoras apparaissent à l’avant du bateau et longent la coque.

Et approchent le haut-parleur.

Long silence

Deux rémoras s’en vont par l’avant du bateau dans les profondeurs.

Question, soupir, réponse,

Deux rémoras apparaissent à l’avant du bateau et longent la coque.

Et approchent le haut-parleur.

J’arrête la Litany for the Whale

Deux rémoras s’en vont par l’avant du bateau dans les profondeurs.

J’apprends qu’une rémora est dite phorétique. Un mot qui selon les interprétations veut dire parasite ou mutaliste. Une espèce transportée par une autre. Mauvaise nageuse, la rémora se colle à un grand requin, une baleine à bosse, un dauphin, une tortue.

Son partenaire préféré est le requin.

Si je n’avais pas arrêter la Litany for the whale, est-ce que les rémoras se seraient ventousé au haut-parleur ? A la coque du bateau ?

Qui rode dans les fonds ?

La baleine à bosse aperçue hier par les pécheurs ? Un requin ?

Les rémoras se sont-elles décrocher pour s’approcher du haut-parleur ?

Et qu’auraient-elles fait si la pièce de John Cage ne comportait pas de silence.

Si cela avait été une autre pièce. Ont-elles confondus le son du basson qui joue la Litany for the Whale et celui d’une baleine à bosse ? Est-ce qu’elles jouaient les sentinelles d’une baleine cachée dans les fonds ?

JournalMuseumGodoeffroyHeftXIFischederSudseeHeftVTaf97